LECTURES

D’un silence à l’autre

Ma mère m’a passé ce bouquin il y a peut-être trois ans. Je me souviens qu’elle m’accompagnait à Paris pour deux rendez-vous que j’avais, et sur un coup de tête, elle a prit le TGV avec moi. Et elle lisait ce livre, beau petit pavé de presque 1000 pages, trilogie intégrale d’une saga familiale Québécoise, bref tout ce que j’aime. 

Je l’ai dernièrement, enfin sortie de ma bibliothèque, et ça a été un réel coup de cœur. J’ai adoré ces personnages, leurs vies et leurs tourments. Car outre le fait que ce soit une saga familiale, Micheline Duff s’attaque à un sujet très épineux AVERTISSEMENT : la pédophilie. 

Je précise que je ne suis pas psychologue, et que je ne me base que sur quelques articles lus par la suite pour étoffer un peu mes propos personnels ici. Pour le reste de cet article, et donc cette réflexion/chronique, je vais dévoiler de grosses parties de l’intrigue. 

Florence va devenir la mère de cinq enfants : Désiré, Nicole, Isabelle et des jumelles ; Marie-Hélène et Marie-Claire. Désiré, seul garçon, va devenir le souffre-douleur de son père, qui ne souhaitait pas d’enfant tout de suite et se retrouve enchaînée à Florence, à cause de lui. (« lui », le père ou l’enfant, je vous laisse deviner. Car la mère fait rarement un enfant, seule… mais bon). Cet enfant va donc vivre une enfance assez malheureuse, mais sera toujours très proche de sa mère qui l’aime comme une mère aime son enfant. Elle le protège comme elle peut des coups de son mari. 

Mais ce qu’elle va découvrir quelques années plus tard va mettre tout le reste de sa vie entre parenthèse : son fils, unique, est un pédophile. Il aura abusé durant des années, alors qu’il a 17—20 ans de son cousin Olivier, plus jeune de 10 ans. Puis encore plus tard il abusera de son neveux Charles, alors âgé de 4—5 ans. Le secret va être découvert alors que le jeune Charles confie à sa mère, la soeur de Désiré, que son oncle lui « chatouille le zizi de temps en temps ». La colère de la mère explose, et Nicole interdit à son frère d’approcher son fils et ses autres enfants. Florence essaye de protéger Désiré, encore, mais ne rencontrera qu’un mur, sa fille refusera pour toujours de lui pardonner son silence. 

En tant que maman, lectrice et être humain, ces moments sont insoutenables, on s’insurge, on se met en colère contre Désiré, en colère contre Florence, la mère, qui voit mais ne dit rien.

Et puis, on découvre les sentiments des personnages face à ça. Désiré est malade. Désiré aime les petits garçons. A ce moment-là on déteste ce personnage. Mais plus le roman avance, plus on découvre un être torturé par sa propre maladie, un homme qui fait ce qu’il peut pour contrer sa nature profonde, qui se déteste encore plus que les autres personnages ne le détestent. Il essaye de se supprimer. Il fait des thérapies. Il veut se couper du monde. Et pourtant à travers cet ouragan, une personne restera toujours à ses côtés : sa mère. Une mère qui protège son enfant, malgré sa maladie, qui sera toujours là pour le soutenir et le sauver. 

A plusieurs reprises je me suis sentie partagée face à ça. Je voulais comprendre Florence, savoir comment elle pouvait défendre… ça. L’impardonnable. Et j’ai remis toutes les scènes dans l’autre sens, j’ai essayé de voir une mère qui défend et protège son enfant. Et j’ai compris. Enfin je crois. Je pense que c’est la réelle force de ce livre, à travers une histoire toute simple, une vie comme on peut en rencontrer pleins au fil de nos nombreuses lectures, Micheline Duff a décidé de parler de ça, de parler d’un sujet difficile, d’une mère qui prend parti. D’une mère loin d’être conne, car son premier réflexe et de ne pas aider son fils, mais avec le temps elle voit que cette maladie lui fait du mal, le fait atrocement souffrir, et c’est cet homme-là qu’elle décide d’aider, pas le pédophile qui a fauté, mais le pédophile qui fait tout pour ne pas recommencer, qui combat sa propre nature coûte que coûte. 

J’ai été terriblement touchée par cette famille. Touchée par les émotions que l’autrice nous fait traverser, car elle nous fait réfléchir à des choses qu’on préfère ignorer. Je sais que les pédophiles existent, mais j’ai longtemps choisi de ne pas y prêter attention, de ne pas m’y intéresser et les mettre tous dans le même panier, de les assimiler trop rapidement aux pédocriminels, car pour moi ils étaient les pires, les êtres humains que j’exècre le plus.

L’histoire de Désiré, et son problème, sa souffrance m’auront fait aller plus loin, lire quelques articles, et me rendre compte que souvent on mélange les deux cas, et que rien ne permet de savoir à l’avance qui développera quoi en grandissant. Dans le cas de Désiré avoir été le souffre-douleur de son père peut être l’élément déclencheur, pour d’autre ça sera quelque chose de totalement différent. Certains pédophiles feront tout pour se retenir et détesteront cette facette d’eux-mêmes. Quand des pédocriminels prendront un horrible plaisir à détruire des enfants. 

J’essaye d’élargir ma vision là-dessus, et pourtant, je sais que si ça devait arriver à ma fille, si un monstre décidait de s’en prendre à elle, qu’importe comment, et reviendrait ensuite en arrière en s’excusant et en essayant de se racheter, il n’y arriverait pas, car tout ce que j’aurais en tête ça serait de le détruire pour ce qu’il a osé faire. 

Un livre qui parle de tabou, de silence et de mal-être avec une incroyable justesse. Le sujet peut rebuter, mais finalement de mon côté il m’aura fait voir d’autres choses, m’aura fait chercher un peu plus loin, et m’aura fait découvrir que des gens essayent de faire mieux, malgré ces pulsions contre lesquelles ils ne peuvent pas toujours faire grand-chose, et qui surgissent souvent bien malgré eux. 

Pour aller plus loin je vous laisse ces trois articles, que j’ai trouvé très intéressants. 
Pédophile à 16 ans (en anglais)
Qui se cachent derrière les pédophiles ? tous ne sont pas les monstres que l’on s’imagine
Un chercheur français s’intéresse aux cerveaux des pédophiles


3 réflexions au sujet de “D’un silence à l’autre”

  1. C’est typiquement le genre de livre que je fuis ! Livres et films angoissants dans cette veine me font froid dans le dos et me donnent la nausée… Je ne suis pas le bon public tout simplement ! Pour le coup, merci d’en avoir parlé, je note le titre pour ne surtout pas le lire !
    Est-ce un commentaire qui ne sert à rien ?
    Tout à fait.
    Mais comme quoi, il faut bien que certaines personnes lisent et racontent pour que d’autres ne lisent pas (ce qui leur font peur) !

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  2. Un livre qui me paraît très intéressant, et j’aime bien le fait que tu parles plus largement de ton avis sur le sujet de la pédophilie…

    J’apprécie la distinction entre la pédophilie et la pédocriminalité. Le premier est une maladie, qui nécessite un soutien psychologique et qui n’inclus pas forcément un acte pédocriminel (viols, agressions, attouchements…), et le second est un crime, un passage à l’acte.

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  3. Bonjour, Margaud, je te suis aussi sur you tube et j’apprécie énormément tes vidéos. Je voulais te parler de la trilogie  » d’un silence à l’autre que j’ai lue, comme toi… Même si j’ai été mal à l’aise sur certains passages de cette de saga, j’aime l’évolution de Désiré parce qu’il a parfaitement conscience de son problème et essaie de se soigner et même de s’isoler pour protéger les autres. Son geste ultime à la fin m’a beaucoup émue. Selon moi, le personnage qui fait le plus froid dans le dos, c’est Adhémar le mari de florence justement !

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