Non classé, Tranche de vie

Le souvenir d’une voiture rouge

En lisant un post Instagram l’autre jour, j’ai eu envie de raconter cette histoire. Dans le post en question, la femme, la maman, parlait d’un sujet qui est propre à chaque parent, et ça a fait remonter ce souvenir à la fois floue pour certains instants, et très précis dans d’autres. Je vais d’abord vous le raconter, et développer un peu ma réflexion autour, après. 

J’avais une dizaine d’année. On vivait, avec mes parents, dans un quartier très calme, avec peu de circulation, car les voitures qui passaient ne passaient que rarement par hasard. Le quartier en lui-même ne menait à rien de spécial, donc quand des voitures le traversaient c’est qu’elles y allaient volontairement. Ma meilleure amie habitait deux quartiers plus loin, et organisait une fête, et bien sûr, comme tout enfant, je voulais y aller. Confiante, ma mère m’a laissé partir, car j’étais une habituée du chemin et des gens qu’on y croisait. Il faisait beau, ça devait être un mercredi après-midi, les gens étaient dehors, et se promenaient. Une journée ordinaire. 

Au moment où j’allais sortir de mon quartier, une voiture rouge s’est garée, et un homme en est sortie au moment où je passais à côté de lui. Par habitude, j’ai dit « bonjour », qu’il m’a rendu d’un signe de tête. Et à ce moment-là, il est re-rentré dans sa voiture, a démarré et est allé se garer plus loin. On peut se dire qu’il s’était simplement trompé, et qu’il devait allait plus loin. Mais dans ma tête, j’ai commencé à réfléchir à toute vitesse, et surtout je sentais que quelque chose n’allait pas. Aujourd’hui encore je me souviens parfaitement de son visage, et de sa voiture. J’ai fait encore quelques pas, puis j’ai tourné les talons et je suis retournée dans mon quartier. 

Quand j’ai entendu un bruit de moteur derrière moi. Je ne pouvais pas encore voir la voiture, et le conducteur ne pouvait pas me voir non plus, alors j’ai couru, je voyais ma maison, et j’ai couru. Mais je savais que je n’arriverais pas chez moi, avant que la voiture me dépasse. Par réflexe je me suis cachée devant le garage d’une maison, où une voiture été stationnée juste devant. J’étais accroupie entre les trois murs de la place privée, et la voiture garée, et j’ai levé les yeux, juste pour voir qu’elle voiture passait dans le quartier. Et c’était cet homme, dans sa voiture rouge, qui tournait lentement la tête de chaque côté de la rue… pour me chercher ?

Quand il est sorti du quartier, quand je n’ai plus rien entendu, j’ai couru aussi vite que j’ai pu ! Mes pas devaient faire un sacré ramdam sur le bitume. 

Ma mère devait se trouver à la cuisine, et depuis la fenêtre on pouvait voir de légèrement plus haut, le trottoir. Elle a entendu quelqu’un courir, et n’a même pas eu le temps d’aller voir par la fenêtre, que je sonnais déjà à la porte, essoufflée et en larmes. 

Avais-je échappé au pire ? Cet homme me voulait-il quelque chose ? Malheureusement je n’ai pas relevé le numéro de plaque, et le signalement à la police n’a rien donné, à part que quelques voitures de patrouille ont tourné dans le quartier les jours qui ont suivi, et que mes parents m’ont accompagné à l’école durant une semaine, il me semble. En fait ce qui a suivi est complètement flou pour moi, mais cette scène de quelques minutes, reste gravée dans ma mémoire. 

Ce jour-là, j’ai surtout entendu tous les avertissements de mes parents : ne monte pas dans la voiture de quelqu’un que tu ne connais pas, même s’il te dit qu’il vient de notre part. Et dans ma tête j’avais comme une liste de personnes de confiance, et tous les autres étaient des inconnus. Bien que dans le cas des agressions, les coupables peuvent se trouver dans le cercle proche de l’enfant. 

Mes parents m’ont toujours dit : si tu ne le sens pas, tu ne le sens pas. Et mon père avait un ami comme ça. Je ne l’ai jamais sentie, et pourtant c’était sûrement quelqu’un de gentil, mais de mon côté c’était non. Et je suis reconnaissante que mes parents ne m’aient jamais forcé à penser « il est gentil, arrête de ne pas l’aimer ». On peut dévier vers toutes les choses que la société demande aux enfants : fais un bisou, un câlin, dis bonjour, etc. Dans un magasin les vendeuses disent toujours bonjour à Alice, et je suis toujours touchée de voir qu’elle est considérée par les autres, et bien souvent elle leur répond (et leur raconte sa vie aussi), mais si elle est trop occupée ou a l’esprit ailleurs, je ne vais pas la reprendre pour qu’elle dise bonjour. C’est une enfant. Elle a le temps. Ce n’est parfois juste pas le moment, ou pas l’envie. Et si vous saviez le nombre d’adultes qui ne me disent pas bonjour en librairie… on arrêterait peut-être de se focaliser sur celui des enfants. Je priorise mes demandes. C’est vraiment important là tout de suite, maintenant ? Est-ce que la vendeuse va passer une mauvaise journée parce que ma fille de 3 ans ne lui a pas dit bonjour ? Non. Vous voyez ce que je veux dire ? Oui la politesse c’est important pour nous. Non ce n’est pas primordial selon les situations. D’où le fait de savoir mettre ses priorités. Je vous partage d’ailleurs quelques comptes d’illustrateurs et illustratrices qui mettent en avant ces « petites choses » dans leurs dessins. C’est souvent fait avec beaucoup de justesse, en retournant les situations, ce qui donne tout à coup un autre ton à la demande (@fannyvella et @y.dessin). 

Pour revenir a ma réflexion ; avec mon conjoint nous sommes d’avis que faire confiance aux enfants est important. Dans cette histoire, racontée plus haut, mes parents m’ont cru tout de suite, aucun doute n’a été émis, on ne m’a pas dit « tu es sûre ? Tu ne t’es pas trompé ? Peut-être qu’il ne te voulait rien. » Du tout, car j’ai eu confiance en eux tout de suite. Je savais qu’en racontant mon histoire, ma vérité, j’allais avoir de l’écoute. Si un enfant ment beaucoup, pour obtenir de l’attention, c’est peut-être qu’il manque d’écoute dans sa famille. Rectifier la chose est souvent possible, je pense.

Avoir un foyer confiant et bienveillant avec tous ses habitants c’est important pour nous.

On ne nous donne pas de manuel d’éducation en sortant de la maternité. En revanche on a facilement beaucoup de « conseils » ou même des critiques face à ce qu’on veut mettre en place avec nos enfants, alors que, j’imagine, ce qu’on a envie de leur apporter c’est beaucoup de bienveillance, et les parents entre eux en manquent des fois cruellement, c’est bien dommage.

Avec quelque chose d’aussi précieux que sa sécurité, et son bien-être, je suis d’avis que chaque parent fera comme il le sent le plus. Certains ont dit à mes parents qu’ils me faisaient « trop peur » avec ces histoires d’inconnus et de bonbons, que ça allait me rendre craintive. Mais eux le sentais comme ça, et aujourd’hui, je pense qu’ils ont bien fait. Moi aussi je veux que notre fille se sente entendue, comprise et en sécurité, alors je ferais le nécessaire pour que ça soit le cas. Je vais essayer de lui apporter assez de confiance pour qu’elle n’ait jamais peur de dire « non », de fuir quand elle ne le sent pas, de venir tout nous dire quand quelque chose cloche selon elle. On ne peut jamais savoir si ce qu’on fait avec notre enfant est le mieux, mais si on y croit nous, déjà, je pense qu’on est sur la bonne voie. 

Je fais tout pour oublier les qu’en-dira-t-on des gens qui ne vivent pas avec nous et qui ne vivent pas ce que nous vivons. Nous sommes les mieux placés pour savoir ce qui nous correspond à nous et notre famille. Trop souvent les autres, et la société en général, veulent formater les esprits, et donc par la suite ceux de nos enfants. 

Ma fille, crois en toi, avant tout, apprend à t’écouter à suivre ta voie, suivre ton instinct. Et nous, tes parents, seront toujours là pour t’écouter et t’épauler. 

1 réflexion au sujet de “Le souvenir d’une voiture rouge”

  1. Quelle histoire…! Tu ne sauras jamais ce qu’il cherchait et il ne vaut mieux pas. Tu as bien fait de fuir, tu as senti un danger, tu es partie, c’était la chose à faire. Tant pis si c’était un « gentil », on s’en fiche.

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